27 juin 2007
Conseil National du 24 juin (fin)
Après la retranscription des interventions de Benoit Hamon, de Bertrand Delanoë, je vous propose de lire l'intervention de Martine Aubry. Pourles autres interventions vous les trouverez à l'adresse suivante:
http://cn.parti-socialiste.fr/category/les-prononces-des-discours-du-cn-du-24-juin-2007/
Intervention de Martine Aubry, maire de Lille
« Mes chers camarades, nous l’avons tous dit, nous vivons une période difficile et douloureuse, cela se voit ce matin, je crois que cela se voit encore plus à l’extérieur. Je crois que, si nous voulons rebondir, il faut vraiment prendre le temps de l’analyse de nos défaites, et ensuite de définir une ligne politique claire.
Personnellement, je souscris aux propositions que François Hollande a faites tout à l’heure : garder le calendrier pour le congrès et travailler ensemble pour retrouver ce que nous avons perdu, j’y reviendrai dans quelques instants. Je rassure Gaétan, je ne suis pas connu pour être hypocrite, peut-être même pour ne pas l’être assez, donc j’ai envie de vous dire les choses telles que je les pense, peut-être en enlevant quelques éléments quand même qui ne seraient pas de la bonne tonalité, donc je reste sur le fond.
Je voudrais d’abord dire qu’après des échecs, on parle sans arrêt, toujours, de rénovation et d’unité. Moi, bien évidemment, je suis triste, comme tous les militants, des débats stériles de personnes, mais je serais aussi triste si, comme depuis cinq ans, depuis notre précédente défaite, nous nous unissions, nous nous rassemblions sans avoir une ligne politique claire. Pour moi, c’est le principal objectif du travail que nous devons avoir pendant l’année qui vient.
De la même manière, je voudrais qu’on dise clairement ce pour quoi nous avons échoué, et que nous soyons capables de prendre collectivement cet échec dans notre responsabilité. Bien sûr, nous avons échoué parce que nous n’avons pas su convaincre les Français que Nicolas Sarkozy était responsable de la situation de la France. Bien sûr, nous avons échoué parce que nous n’avons pas su montrer que derrière le « travailler plus pour gagner plus », derrière le droit à la propriété pour tous les Français, il y avait en fait l’accentuation d’une politique de droite qui est la même depuis trente ans, des allégements de charges et des cadeaux fiscaux pour les plus privilégiés et pour les entreprises, et bien évidemment de nouveaux prélèvements injustes et des baisses du service public et de l’accès aux droits. Mais, je le crois, nous avons surtout échoué parce que nous n’avons pas été nous-mêmes. Nous avions face à nous une droite décomplexée, cela a été dit, qui avait une ligne idéologique claire, et qui a pu masquer quelques propositions pendant les derniers jours. Nous n’avons pas supporté une gauche implacable sur ses valeurs. Je ne donnerai qu’un seul exemple : se laisser préempter le salaire et l’emploi par la droite, je crois que c’était invraisemblable pour nous à gauche. Et moi, je le dis, je ne crois pas que nous avons perdu parce que nous avons défendu le SMIC à 1 500 €, je crois que nous avons perdu parce que nous ne l’avons pas assez défendu, parce que nous n’avons pas assez défendu la répartition juste des richesses dans notre pays.
Alors, là aussi il faut que nous ayons un diagnostic. Certains l’ont dit, je le partage, la France n’est pas à droite, mais quand la France a peur, quand la France est repliée dans l’individualisme et dans la peur des autres, d’elle-même et de l’avenir, la France va vers ce qui paraît exister, être fort, être autoritaire. Et c’est parce que nous n’avons pas suffisamment combattu par des valeurs collectives cette peur, et cela depuis cinq ans que nous en sommes arrivés au point où nous en sommes aujourd’hui. Les Français avaient perdu le moral et avaient des angoisses au plus haut à cause de la situation dans laquelle la droite a laissé le pouvoir d’achat, sur le chômage, sur l’endettement, sur l’accès au logement, sur l’accès à la santé. Et bien, c’est là-dessus, sur ces peurs que Nicolas Sarkozy a gagné. Mais ne nous trompons pas de diagnostic, la France n’est pas à droite. Elle pourrait le devenir si nous ne sommes pas rapidement capables de redonner l’envie de défendre collectivement un certain nombre de valeurs. Ne nous trompons pas de diagnostic, en 2002, rappelez-vous, certains d’entre nous disaient : « L’extrême gauche a gagné, nous ne sommes pas assez à l’extrême gauche. » Aujourd’hui, on nous dirait : « La droite a gagné, nous ne sommes pas assez à droite. » Et bien moi, mes camarades, je ne pense pas cela. Restons nous-mêmes, n’acceptons pas que la droite ringardise le socialisme comme Fillon et Sarkozy l’ont fait, le socialisme est moderne, nos valeurs n’ont jamais été autant d’actualité, l’égalité qui doit rimer avec liberté, dans notre pays mais aussi dans le monde où la misère et la pauvreté sont la source des intégrismes, du terrorisme et de l’immigration qui vient chez nous. Alors portons ces valeurs collectives, et moi je ne parlerai pas de refondation, de rénovation, qui donnerait l’impression que nous avons eu tort, depuis 50 ans, de défendre ces valeurs, je parlerai de renaissance. Retrouvons véritablement ces valeurs et, disons-le, modestement, mais fermement, il nous faut écrire les nouvelles pages du socialisme, nous n’avons à jeter, j’allais dire cul par-dessus tête, ce que nous avons fait, ce dont nous sommes fiers, quand même !
La droite nous dit l’économie, qui a lutté contre l’inflation ? Pierre Mauroy. Qui a fait la CSG, cet impôt moderne ? Michel Rocard. Qui a rétabli les équilibres de la Sécurité sociale ? Lionel Jospin.Qui a fait l’euro ? Dominique Strauss-Kahn. Qui nous a permis effectivement de réconcilier la France et les Français avec le marché ? Qui a fait ces grandes réformes de société, de la peine de mort au PACS, et j’en oublie bien d’autres ? Alors, n’ayons pas honte de ce que nous sommes, si nous ne savons pas d’où nous venons, nous serons incapables de construire notre avenir.
Alors bien sûr, écrire ces nouvelles pages du socialisme, cela veut dire que les réponses d’aujourd’hui sont différentes même si les valeurs sont les mêmes. Elles sont différentes, ces réponses, et là nous n’avons pas eu assez de créativité et peut-être de force de ces valeurs collectives. Elles doivent d’abord répondre aux problèmes urgents des Français, c’est comme ça qu’on gagne aussi une élection, les salaires, l’emploi, le logement, la santé, mais elles doivent aussi prendre en compte ce nouvel environnement, la mondialisation, le défi démographique, le défi technologique, et surtout ce libéralisme qui est entré dans la tête de chacun, dans notre pays comme ailleurs, et qui fait que le pays est aujourd’hui éclaté. Dans ce monde du travail qui était le nôtre, les chômeurs envient les salariés, les précaires envient les CDI, alors sachons que ce n’est pas par clientélisme ou corporatisme que nous regagnerons l’envie des Français de construire une autre société avec nous, mais bien en portant des valeurs collectives qui réunissent les chômeurs et les travailleurs, les précaires et les non précaires, les exclus et ceux qui sont à l’intérieur de notre pays.
Alors, juste un ou deux exemples avant de terminer : la droite pense que l’accroissement de la compétitivité dans notre pays passe par la libéralisation du marché et par la fin de notre modèle sociale. Nous, nous pensons au contraire qu’il nous faut réconcilier l’économique et le social, comme nous l’avons fait avec Lionel Jospin, je le dis, même si ce n’est pas la mode. Il faut réguler le marché, mettre des règles et réinventer le progrès social d’aujourd’hui, les nouvelles réponses, la sécurité professionnelle tout au long de la vie, l’allocation d’autonomie pour les jeunes, nous n’en avons pas parlé, c’était dans le programme. Alors que la droite accroît l’individualisme, le fractionnement, exacerbe les peurs, nous devons dire à chaque individu que les socialistes, depuis Jaurès, se sont battus pour l’émancipation de chacun par l’accès au droit, à l’éducation, à la santé, au logement, à la culture, mais que nous savons aussi que jamais le progrès individuel ne va contre les protections collectives et contre le progrès collectif, c’est l’inverse de ce que dit aujourd’hui la droite. Nous devons aussi, comme l’a fait notre candidate -je suis d’accord avec elle- dire aux Français que nous attendons d’eux, en contrepartie de ses droits, le respect des autres, le respect des règles, mais aussi de la solidarité et de la fraternité. C’est cela aussi, être socialiste, convainquons-les, contrairement à la droite, que l’épanouissement personnel, va de pair avec les protections collectives et le retour du progrès social.
Voilà, mes chers camarades, ce que je voulais vous dire, dire aussi que nos valeurs, liberté, égalité, fraternité, j’ajouterai laïcité car, dans le fond, contrairement à ce que nous a dit Nicolas Sarkozy, l’identité de la France, c’est bien celle-là, la France n’a jamais été aussi forte dans ses murs, dans ses frontières, qu’à l’extérieur, que lorsqu’elle a su s’ouvrir vers les autres et porter ses valeurs. Et les Français n’ont jamais été aussi heureux. Croyez-vous qu’ils soient heureux d’avoir peur de leurs jeunes, d’avoir peur des immigrés, de fermer leurs portes quand leurs voisins ouvrent la leur, non, et c’est de notre faute. Nous n’avons pas porté ces valeurs collectives qui font qu’une société existe et qu’un projet est possible. Et je le dis, une élection présidentielle, c’est donner un sens à la société, ce n’est pas demandé à chacun ce qu’il veut, c’est de dire où nous voulons aller pour que chacun ait envie de nous suivre.
Alors, nous ouvrir aux autres, je ne parlerai pas longuement de la méthode, car cela a été dit et parce que je n’ai pas le temps, ce n’est pas opposer les experts aux Français, c’est écouter et comprendre les difficultés des Français, c’est nous ouvrir vers les intellectuels, les experts, les syndicalistes, les bénévoles des associations qui se sont éloignés de nous. Ouvrons les portes et les fenêtres, sachons où nous sommes, nous socialistes avec nos valeurs, ouvrons-nous à toutes les forces de gauche , et après à tous ceux qui partagent les valeurs d’humanisme et les valeurs de solidarité. Et il y en a qui votaient hier à droite et qui, avec Nicolas Sarkozy aujourd’hui, et d’ailleurs, faites-moi confiance, mais je sais que vous le savez, en se mettant en première ligne très vite, aura une partie de la France dans la rue contre lui, mais aussi sans doute une partie des hommes et des femmes qui avant votaient à droite et qui sont prêts aujourd’hui à partager une partie de notre chemin.
Voilà.
Et bien, cette renaissance, cette fameuse rénovation puisqu’on parle de cela aujourd’hui. Je préfère « renaissance » . Nous gagnerons si nous cessons de parler chacun pour nous à l’extérieur, si nous cessons de nous dire qui représentera les socialistes dans cinq ans, on le verra quand ce sera le temps. Mais si nous disons aux Français tout simplement : Voilà ce que vous proposent les socialistes.
Merci. »
Commentaires
Proposition pour le PS pour la Sécurité sociale
Parce que le PS est le premier parti de gauche français, parce que M. Sarkozy envisage le démantèlement de la Sécurité sociale, je voudrais savoir s'il serait envisageable de monter une pétition mondiale pour la "sauvegarde et la promotion dans le monde du principe de la Sécurité sociale". Chirac l'avait évoqué pour sa fondation (mais l'a abandonné depuis les franchises de son successeur), le réalisateur mondialement connu Michael Moore a lancé un appel solennel à Sarkozy sur le sujet lors du festival de Cannes, les pays pauvres crèvent de l'absence d'Etat et d'un système de solidarité nationale public pour la Santé. L'enjeu au PS et au-delà bien entendu n'en vaudrait-il pas la chandelle? Bien à vous.
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